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Eloge du gaspillage dans l’industrie automobile.

L’industrie automobile européenne se porte assez mal en Europe, et assez bien dans les marchés émergents, comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, où elle réalise ses bénéfices. En déduira-t-on que le marché européen peut etre “déclassé” , c’est à dire exclu des objectifs stratégiques des Constructeurs ? Certainement pas, et pour plusieurs raisons: d’abord parce que l’exemple du japon indique qu’il est essentiel de disposer d’une base nationale imprenable si l’on veut résister efficacement aux “retours de manivelle” sur les autres marchés. Un exemple: la Chine, premier marché mondial et, bientot, première puissance économique mondiale, ne manquera pas de vouloir reconquérir son marché intérieur un jour ou l’autre, en réduisant les Constructeurs européens implantés la bas à la portion congrue. Pis encore: les Constructeurs chinois , dès que cela leur conviendra, partiront à la conquete de l’Europe, avec des niveaux de prix défiant toute concurrence. Il faut donc se préparer à défendre la “forteresse Europe”, pour compenser les pertes que l’on essuiera inévitablement ailleurs.

En outre , la tenue des volumes en Europe  est une condition indispensable à la bonne santé de l’industrie européenne de l’automobile.

Il va donc falloir stimuler la demande en Europe, et ceci à l’avantage des Constructeurs européens. Comment ? En faisant baisser, chaque année, les prix de l’automobile, puisque la Crise nous a appris qu’ils sont trop élevés (à preuve: la belle reprise des ventes dès que les primes à la casse ont provoqué une forte baisse des prix réels des voitures neuves).

Une politique de baisse permanente et continue des prix de vente suppose une baisse des couts tout aussi continue, susceptible de provoquer une accélération du renouvellement des achats de voitures neuves de la part des possesseurs. C’est à dire , de fait, une réduction de la durée de vie des véhicules, qu’on enverra à la casse plus tot qu’aujourd’hui, pour les remplacer par des voitures neuves.

Bref: on soutiendra la demande en organisant scientifiquement le gaspillage

 

La galère électrique des Constructeurs français.

“Que diable allait-il faire dans cette galère ?” (Molière, les fourberies de Scapin).

Renault et PSA s’affrontent, parait-il, sur le sérieux et stimulant sujet superflu des voitures électriques: l ‘un préfère le courant continu, l’autre l’alternatif. Ils vont s’entendre, c’est entendu. Mais c’est comme si, en 1914 -18, on s’était  inquiété du role des satellites artificiels et des voyages interplanétaires dans les assauts de l’infanterie contre les tranchées ennemies. C’est bien d’etre en avance sur l’Histoire, mais il vaudrait mieux ne pas exagérer… faute de quoi les adversaires occupent le terrain.

Les voitures électriques, on le sait, ont un avenir maigre et lointain. Dans quinze ans, peut etre vingt, elles seront finalement marginales (5% du marché européen, hors administrations et entreprises publiques ?) ; demain et dans cinq ans, elles ne représenteront que l’espoir des investisseurs.

Mais d’où naissent les illusions et l’engouement des Constructeurs français et de quelques autres pour les voitures électriques ? Il est  important, dit-on, de s’affranchir du pétrole, et de réduire la pollution atmosphérique. C’est de moins en moins vrai tous les jours.  Il y a environ cent cinquante ans qu’on annonce l’épuisement imminent des gisements de pétrole; mais on en découvre de nouveaux un peu partout (pensez au Brésil), et on améliore les techniques d’exploitation. Malgré le sérieux accident du Golfe du Mexique, le pétrole est la ressource de l’avenir: dans un siècle, il y en aura encore assez pour motoriser la planète! Et ça coutera moins cher que le recours à d’autres sources d’ énergie, dont l’électricité. Quant à la pollution, on en est revenus: d’une part, les efforts de l’industrie automobile font que les émissions nocives de chaque nouvelle automobile “classique”sont très inférieures à celles du modèle remplacé. D’autre part, on a compris que la pollution provenant des batteries est loin d’etre négligeable, si l’on tient compte du fait qu’une batterie n’est ni le fruit d’une génération spontanée, ni un objet qui disparait par enchantement dès qu’il est inutilisable.

Passons sur le fait que les voitures électriques ont d’autre inconvénients, tels que leur prix, leur autonomie limitée (surtout, comme l’écrit l'”Economist” ,  les conditions d’utilisation ne sont pas exceptionnellement favorables: dans la vie de tous les jours, il arrive qu’on ait besoin d’une voiture la nuit, par temps de pluie et quand il fait froid), etc.

Alors, quel est le sens de la bataille franco- française autour de la voiture électrique ? “C’est bien, je le confesse, une juste coutume… ” (Malherbe, Stances à Du Périer) que PSA observe et “marque” Renault, et Renault PSA, au delà de ce qui est raisonnable. Chacun, sans doute, veut faire mieux que l’autre, voire etre le leader d’un marché électrique négligeable. Les deux concurrents auraient mieux à faire de leur temps et de leur argent.

A titre d’exemple, ils pourraient s’occuper plus qu’ils ne le font des deux extrémités du marché automobile: les voitures “low cost” d’une part; et le très haut de gamme d’autre part. C’est là que le marché se développe, en Europe comme ailleurs, et c’est là qu’il y a de l’argent à gagner. Ils pourraient meme, éventuellement, collaborer utilement.

Au secours, la crise (du marché automobile) revient

La Crise de l’automobile est bien terminée en ce qui concerne la plupart des Constructeurs, qui ont presque tous renoué avec des bénéfices importants, au premier semestre de cette année, avec quelques exceptions, dont Fiat et, en partie, les Constructeurs français, qui font piètre figure face à leurs confrères allemands et asiatiques  . La Chine, dont les trois Constructeurs latins sont pratiquement absents, explique largement  le différentiel de rentabilité que l’on a constaté au premier semestre. Mais, au bout du compte, ça va mieux pour tout le monde.

Si tout ceci est bon pour l’industrie automobile, il n’en demeure pas moins que la Crise des marchés automobiles européens est loin d’etre terminée et que celle du marché français en particulier vient de frapper un coup en septembre. Le fait qu’il s’agisse du contrecoup attendu de la fin des primes à la casse n’est en rien une explication rassurante. Bien au contraire: les primes ont démontré que “la Crise est une affaire de prix”, et que le marché se réveille dès qu’on offre aux Consommateurs des voitures neuves à un prix inférieur.

Les Constructeurs n’ont pas trouvé de solution de remplacement aux primes à la casse, et les délocalisations de la production ne règlent pas la question. C’est un nouveau type d’automobile, moins cher que l’actuelle quel que soit le niveau de gamme, qu’il faut inventer. Cela n’a pas été fait, sans doute parce que c’est un défi difficile et qu’il semble plus naturel de retomber dans l’ornière de l’explosion incontrolée de l’offre de nouveaux modèles, tous merveilleux et tous très chers.

Le marché ne va pas s’épanouir avec ça. Mais il y a, c’est vrai, la panacée provisoire des marchés émergents…